Existentiel (anarchisme)
Irène Pereira

Etre anarchiste peut-il être considéré comme un certain rapport au monde ? C’est peut être en particulier au cinéma ou dans la littérature que ce rapport anarchiste au monde a été le mieux mis en scène.

L’enfance d’un-e anarchiste

Etre anarchiste, c’est peut être d’abord une incapacité à supporter l’autoritarisme. L’enfant ou l’adolescent anarchiste ne supporte pas l’autoritarisme paternel (ou maternel), celle des enseignant-e-s. Il ou elle ne supporte pas la discipline de l’institution scolaire.

L’enfant ou l’adolescent anarchiste se tient à distance du conformisme de groupe de pairs, des modes des autres adolescents, des effets de groupe…

L’anarchisme une révolte existentielle contre la rationalisation du monde

Mais il existe également un rapport existentiel anarchiste au monde moderne. La modernité se caractériserait selon l’école de Francfort par une domination de la raison instrumentale : que ce soit dans l’État, l’entreprise ou même la cage d’acier de la rationalité moderne qui enserre de plus en plus étroitement l’existence.

L’attitude anarchiste est alors celle d’un refus de la réification de l’existence. L’anarchiste peut alors refuser le travail, conçu comme le produit de la rationalité moderne, et devenir un ou une en-dehors.

Travailleur ou travailleuse, il peut être comme Bartelby (dans la nouvelle d’Herman Melville), celui ou celle qui dit face aux ordres : « I would prefer not to » (je ne préférerais pas).

Ou peut être encore l’anarchiste est-il ou est-elle, un ou une lanceuse d’alerte au sein d’une entreprise. Il ou elle est celle qui refuse de fermer les yeux sur la maltraitance institutionnelle, sur la recherche de profit au risque de dégrader la santé de la population….

L’individualité

L’anarchisme comme posture existentielle admet que même dans une société anarchiste, il existe une irréductibilité de l’individualité face au groupe et que de ce fait l’attitude anarchiste ne peut jamais se réduire totalement au collectif.

Il existe des moments dans l’existence où la personne se trouve seule face à sa conscience, où elle doit avoir le courage moral de dire « non, cela je ne le ferai pas... ». C’est l’attitude que décrit par exemple Philippe Breton dans Les refusants (comment refuse-t-on de devenir un exécuteur ?).

L’anarchiste existentiel peut adhérer à un projet socio-politique anarchiste, il ou elle peut se montrer solidaire de ses compagnons de lutte. Mais il ou elle garde une place irréductible, au fond de son être, pour son autonomie de jugement face au groupe.


Bibliographie :

Jean Vigo, Zero de conduite (Film)

Kafka, Le château (roman)

Camus, L’homme révolté (essai)