Instituteur : Ni dieu… mais maître.
Bernard Perret
Article mis en ligne le 3 avril 2020

Instituteur, institutrice : être humain adulte chargé d’enseigner à de jeunes êtres humains enfants regroupés dans un lieu appelé école.

Le corps des instituteurs a été créé par la loi du 12 décembre 1792 soit le lendemain de l’ouverture de Louis Capet alias Louis XVI. Surement le hasard mais…

En jouant sur les mots on peut donc dire que la Révolution française a ainsi donné un corps aux enseignants alors que Louis XIV leur avait donné une âme. Âme catholique au demeurant puisque, pour poursuivre ce que la révocation de l’Édit de Nantes (1685, comme on me l’a appris à l’école) avait commencé, le monarque absolu avait en 1698 ordonné que tous les villages se dotent d’une école tenue par le prêtre – forcément catholique – ou par une personne que celui-ci choisirait au sein de son troupeau de fidèles…

Dans instituteur, il y a tuteur

Article premier de la loi du 12 décembre 1792 : « Les écoles primaires formeront le premier degré d’instruction. On y enseignera les connaissances rigoureusement nécessaires à tous les citoyens. Les personnes chargées de l’enseignement dans ces écoles s’appelleront instituteurs »

Dans instituteur, il y a tuteur : On pourrait donc penser que cet être humain adulte a pour rôle essentiel d’aider de jeunes êtres humains à s’élever intellectuellement, socialement, physiquement et moralement. De là le terme de « maître » qui nous rappelle quelques philosophes suivis de leurs disciples.

Mais dans instituteur, il y a surtout institut… Ce regroupement permanent créé dans un certain but. Le rôle assigné aux instituteurs : transformer de jeunes êtres humains en citoyens dotés des connaissances nécessaires. Lesquelles ? Les mêmes pour tous ? Dès 1794, apparaissent des Ecoles Normales de formation des instituteurs afin de normaliser l’enseignement. La norme ? Celle que choisira le pouvoir du moment.

On retrouvera donc dans un livre censé apporter les connaissances rigoureusement nécessaires à tous les citoyens les extraits suivants :

« Les Chinois ont la peau jaunâtre, les cheveux plats, durs et noirs, les yeux obliques, les dents saillantes. Les Nègres ont la peau noire, les cheveux frisés comme de la laine, les mâchoires en avant, le nez épaté ; ils sont bien moins intelligents que les Chinois, et surtout que les Blancs. »

« Et il y a de ces hommes qui sont vraiment inférieurs. Ainsi l’Australie est peuplée par des hommes de petite taille, à peau noirâtre, à cheveux noirs et droits, à tête très petite, qui vivent en petits groupes, n’ont ni culture ni animaux domestiques (sauf une espèce de chien), et sont fort peu intelligents. »

« Il faut bien voir que les Blancs étant plus intelligents, plus travailleurs, plus courageux que les autres, ont envahi le monde entier et menacent de détruire ou de subjuguer toutes les races inférieures. »

Ces trois extraits insupportables sont extraits de Première année d’enseignement scientifique (1883) de Paul Bert. Livre scolaire utilisé dans les écoles. Dans le même temps, le gouvernement français partait à la conquête du monde. Les jeunes citoyens en herbe n’ont alors pas dû être choqués quand, le 28 juillet 1885, le premier ministre de l’époque Jules Ferry a tenu les propos suivants à la tribune de l’Assemblée nationale :

« … Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures
[...] [Remous sur plusieurs bancs à l’extrême gauche] parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont un devoir de civiliser les races inférieures. [...] » (propos transcrits au Journal officiel).
Instituteur, quel beau métier !

Bernard Perret