V – ZAD partout ?
Serge Aumeunier
Article mis en ligne le 5 février 2021
dernière modification le 7 février 2021

« Pour renverser le capitalisme prenons le temps de nous organiser et de nous fédérer »

Gustav Landauer, juin 1911

À partir de 2012, les Zones à défendre fleurissent, quelques exemples :

Vers un monde nouveau ?

→ Octobre 2013 dans la forêt de Sivens (Tarn), pour s’opposer à un projet de barrage qui détruirait la zone humide du Testet, marqué par la mort de Rémi Fraisse tué par un gendarme en octobre 2014. Projet abandonné en décembre 2015.

→ Novembre 2014 à Roybon (Isère), pour s’opposer à « Center Parcs », un méga centre de vacances sur 100 hectares de forêts en zone humide. Projet abandonné en juillet 2020.

→ Octobre 2018, le projet de seconde autoroute entre Lyon et Saint-Étienne est abandonné.

→ Novembre 2020, abandon du projet de creuser une gigantesque carrière de calcaire pour alimenter en béton le chantier du Grand Paris, préservant ainsi 550 hectares du Parc naturel du Vexin. L’association Seine-Vexin s’en réjouit :

« Il n’y a pas de projet d’État que les citoyens ne peuvent remettre en question, dénonçant des gâchis incompréhensibles que représentent des projets complètement déconnectés, complètements délirants ».

L'idée est de se dire qu'on prend un lieu .

Au-delà de l’opposition concrète aux avatars du système, une ZAD permet d’inventer de nouvelles formes de vie fondées sur l’entraide, le partage, la discussion collective et l’horizontalité.

Les occupants de la ZAD de NDDL comprennent que leur expérience peut avoir une grande résonance à la fois dans l’espace et dans le temps :

« Quand on lutte contre l’aéroport et son monde, pour l’aéroport nous pouvons gagner, pour le monde un nouveau cycle de luttes acharnées devra être mené avant de commencer à apercevoir des premières lumières ».

« L’occupation permet d’être ensemble à des personnes radicalement différentes, qui ne se seraient jamais rencontrées dans notre société qui isole de plus en plus les individus. Les ronds-points des Gilets Jaunes avaient aussi un rôle de rencontre et de transformation des rapports humains ».

« L’idée est de se dire qu’on prend un lieu et on crée des activités agricoles et artisanales, pour recréer l’esprit d’un village. On aimerait travailler sur une nouvelle économie qui ne repose pas sur le profit et la spéculation, mais sur l’échange ».

« Sur les ZAD on met en place un monde alternatif et libertaire ».

Zones d’avenirs révolutionnaires ?

En 2020 se créent des collectifs « Laisse béton » à Nantes et aussi à Marseille afin de « se relier, multiplier les brèches et renverser le système  » :

« Le coup d’État pandémique prépare de multiples projets industriels inutiles, imposés et destructeurs. Préparons-nous à créer, rejoindre ou soutenir des zones à défendre, et à les relier ».

« Pour créer des zones d’autonomie définitive, nous devons nous entraider : réquisition de lieux et de terres, soutien quand nous sommes attaqués, connaissance des enjeux historiques, écologiques, politiques et économiques de nos villes et nos campagnes ».

Parmi les expériences qu’ils évoquent :

- → Bure en lutte contre le nucléaire et son monde : les zadistes expulsés créent une boulangerie, pratiquent l’affouage traditionnel (utilisation du bois des forêts pour usage domestique), fabriquent des éoliennes artisanales, développent des projets paysans.

- → Dijon quartier des Lentillères : occupation de friches agricoles pour se nourrir et aussi alimenter des marchés à prix libre ; ateliers d’’échanges de savoirs.

- → Plateau de Millevaches : un syndicat de territoires autonome relie diverses initiatives de 3 communautés de communes gestion de l’eau, récupération de logements vacants, sauvetage des services publics, accueil de réfugiés).

Lors de rencontres à NDDL en 2020, les participants ont expliqué que la ZAD n’est pas une utopie, mais à la fois un espace de soutien aux lutes et à d’autres collectifs, un lieu de réunions, un espace d’expérimentations agricoles, un espace de réflexions sur la mise en place d’autres formes de médiation, d’organisation et de production.

De même, il est apparu que les textes de Gustav Landauer accompagnent une partie des habitants de la ZAD. Il est vrai que, de même que les propositions sur le communalisme libertaire de l’anarchiste américain Murray Bookchin, les réflexions de cet anarchiste allemand, qui a participé activement à la République des Conseils de Bavière en avril 1919, sont redécouvertes avec intérêt aujourd’hui :

« La terre est une partie de la nature. Comme l’air et la lumière ; la terre et l’eau doivent être libres »,

« La possibilité de l’anarchie dépend d’une certaine confiance dans le fait que les gens peuvent toujours changer leur attitude »,

« Ce n’est pas dans cent ans qu’il faut vivre en anarchistes ».